?

Solitude et isolement de l’endeuillé

La solitude, c’est tous les moments et parfois les semaines que j’ai voulu passer seule pour être plus près de ma fille au Ciel dans le mystère de notre relation.

L’isolement, c’est le téléphone qui reste muet, mes parents qui n’appellent jamais, les amis qui se sont arrêtés le jour de l’enterrement.

La solitude, c’est quand je me cache pour pleurer parce que ça me fait du bien.

L’isolement, c’est quand les gens pensent que ça va bien et qu’ils oublient que ma fille est au cimetière. C’est quand les clients de ma librairie me disent que c’est merveilleux d’avoir un ange au ciel et qu’avec ma foi, il n’y a aucune raison d’être triste.

La solitude, c’est quand j’arrête de donner mes cours de musique aux enfants parce que je pense à Océane et que c’est la date de son décès qui arrive.

L’isolement, c’est de rencontrer dans le regard de certains parents d’élèves l’incompréhension ou la peur du vide que je représente soudain dans leur vie de papas et mamans.

La solitude, c’est quand je regarde en pleurant un film qui parle d’un père ou d’une mère qui perd son enfant.

L’isolement, c’est une amie qui m’a dit que si je pleure, je rends ma fille décédée malheureuse. C’est aussi ce monsieur qui m’a dit qu’en Afrique, on danse quand un enfant meurt. Moi, je crois que là-bas, on respecte les personnes dans le deuil. On respecte ceux qui pleurent leurs morts.

Anne-Chloé des Rosiers